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Les élus fêtent Rosh Hashana

Ce jeudi 19 septembre, le Consistoire Israélite du Bas-Rhin invitait, à la Synagogue de la Paix, les personnalités politiques locales pour célébrer, avec elles, les fêtes de Rosh Hashana qui s'ouvrent prochainement.

Etaient présents : 

  • le Préfet de la Région Grand Est
  • le Député du Bas-Rhin
  • le Secrétaire Général du Conseil de l’Europe
  • des Députés au Parlement européen
  • le Président du Conseil départemental du Bas-Rhin
  • le Maire de la Ville de Strasbourg
  • le Président de l’Eurométropole de Strasbourg
  • le Président du Tribunal de Grande Instance de Strasbourg
  • des membres du Conseil régional
  • des membres du Conseil départemental du Bas-Rhin
  • le Président de l’Union des Églises Protestantes d’Alsace et de Lorraine
  • le Grand Rabbin de Strasbourg et du Bas-Rhin
  • le Président du Consistoire Central Israélite de France
  • le Co-Président du Consistoire Israélite du Bas-Rhin
  • le Président du Consistoire Israélite du Haut-Rhin
  • le Président de la Grande Mosquée de Strasbourg
  • des conseillers municipaux de la Ville de Strasbourg
  • des conseillers de l’Eurométropole de Strasbourg
  • le Bâtonnier de l’Ordre des Avocats de Strasbourg

> DISCOURS DU PRESIDENT DU CONSISTOIRE - MAURICE DAHAN

Je suis heureux de vous accueillir ici ce soir, dans la synagogue de la Paix. Cette synagogue est un des lieux de ce grand bâtiment, appelé également le Centre Communautaire de la Paix. Il est ainsi appelé pour rappeler en permanence et à chacun, la force de l’esprit, exprimée à travers le verset du prophète Zaccharie inscrit sur le fronton de la synagogue.

Ce centre comprend d’autres synagogues, un jardin d’enfants, une école primaire, des lieux d’études. Il est le siège de nombreuses associations, d’une radio locale et d’un centre d’éducation informel pour la jeunesse. La communauté juive du Bas-Rhin est riche de son milieu associatif, très performant et très actif dans la cité et d’un réseau éducatif de grande qualité.C’est ce qui fait et je crois que vous le confirmerez monsieur le Président du Consistoire Central des Juifs de France, cher Joel Mergui, que la communauté juive du Bas Rhin connaît un rayonnement national et européen.

Dans notre tradition, le Nouvel an juif, le 1er Tichri, célèbre en particulier la création de l’Homme et donc de l’humanité. C’est à ce titre qu’avec Monsieur le Grand Rabbin et l’ensemble des élus du Consistoire Israélite du Bas-Rhin, nous vous avons proposé ce soir cette cérémonie des vœux. 

En effet quoi de plus beau, que nous soyons laïcs, libres penseurs ou attachés à une tradition religieuse, que de célébrer ensemble l’Homme, l’humanité. Cette humanité si souvent malmenée par entre autres tous les conflits que nous connaissons.

Nous Juifs, avons traditionnellement 2 lieux dans lesquels nous nous retrouvons. La synagogue tout d’abord, le Beth Haknesset en hébreu, le lieu de rassemblement et de rencontre. C’est le lieu par excellence ou comme dans chaque lieu de prière ou de recueillement, nous formulons nos demandes. Dans quelques jours les murs de toutes les synagogues vibreront de la ferveur des prières qui y seront chantées, pour la santé, le bonheur et pour la paix dans la République et dans le monde.

Le second lieu, est celui qui est caractéristique de cette tradition trois fois millénaire. Le Beth Hamidrach, le lieu d’étude. Dans ce lieu, nous étudions, triturons et débattons des textes bibliques et du Talmud en particulier. C’est dans ce lieu où nos parents, nous-mêmes et nos enfants apprennent à travers l’étude à habiter le monde. Grace à cette tradition d’étude, mes chers amis, nous nous rassemblons, nous échangeons, nous débattons et nous agissons.

Habiter le monde, c’est réfléchir par exemple à l’évolution de l’écologie de notre planète, en formant au respect de celle-ci, les enfants que nous allons lui laisser. Habiter le monde, c’est réfléchir aux enjeux que connaissent la France et l’Europe à travers par exemple encore, la crise des migrants ou la montée des populismes. Certes l’avenir semble incertain, mais il nous appartient à chacun d’en inverser la tendance.

Cette année, chers amis nous allons célébrer le 80e Anniversaire de l’Evacuation des Alsaciens, en particulier vers le Sud-Ouest. Pour les Alsaciens, cette évacuation a été synonyme de migration à cause du conflit de la Deuxième Guerre mondiale. Même causes, mêmes effets.

Nous Juifs qui sommes restés dans cette région de France, après 1940 et jusqu’à la fin de la guerre, nous nous devons d’exprimer toute notre reconnaissance à tous ceux qui nous ont accueilli et protégé et dire, tout ce que ceux qui y ont vécu, ont fait pour s’intégrer et continuer de donner du goût à leur vie. Voilà une région de France qui a vu sa population augmenter considérablement en quelques semaines et qui a su montrer son sens de l’hospitalité de façon impressionnante.

Peut-être devrions nous tirer une leçon de cette histoire et faire entendre à ceux qui expriment leur hostilité, que ce soit à vous Monsieur le Préfet, aux migrants ou aux Juifs, à travers les tags, les profanations comme à Quatzenheim ou à Sarre-Union dont les stigmates n’ont toujours pas disparu depuis 2015 ou l’attentat du 13 décembre dernier à Strasbourg, que tenter l’intégration est une expérience qui vaut la peine d’être essayée. C’est là tout le sens de cet enseignement que nous travaillons dans ces lieux d’études.

« Veille à l’étranger car tu dois te souvenir que toi même tu étais étranger en Égypte » et ce dans le respect des directives européennes et des lois de la République.

Malgré les soubresauts réguliers de la haine exprimée par un antisémitisme abject, contre lequel, Monsieur le Préfet, vous mettez tout en œuvre à travers les services de la sécurité publique et des armées, nous continuons de vivre sereinement. Je tiens ici à vous en remercier ainsi que toutes les forces publiques qui veillent chaque jour sur nous et nos enfants. Soyez assurés Mesdames et Messieurs les Élus que la communauté juive du Bas-Rhin à travers son Consistoire d’une part, du FSJU et du CRIF d’autre part seront toujours à vos côtés pour que le vivre ensemble continue d’être notre objectif commun avec comme socle les valeurs de la République.

Rentrer dans une nouvelle année c’est tout mettre en œuvre pour être capable, à notre tour, d’introduire du nouveau et d’infléchir le cours apparemment fatal des choses. Par votre présence, vous honorez notre Institution et nos engagements Soyez convaincus que nous ne nous soustrairons pas aux tâches et responsabilités qui nous incombent.

Permettez-moi enfin de conclure en vous souhaitant une excellente année 5780, une année de bonheur, d’excellente santé, de sérénité, de paix dans le monde et dans une parfaite harmonie.

 

> DISCOURS DU GRAND RABBIN DU BAS-RHIN - Harold Avraham Weil

Chers amis,

Si les fêtes de Rosh Hashana sont inéluctablement une occasion de nous rassembler et de nous retrouver, elles sont surtout une opportunité de faire le point sur notre rapport au monde. Plus qu’une opportunité, un véritable devoir.

Dans une société de plus en plus égoïste et chronophage, où la réussite personnelle se fait trop souvent au détriment des autres, à commencer par ses proches, la célébration de Rosh Hashana vient dire à l’homme que son projet ne peut s’inscrire que dans celui de l’humanité. Que sa place n’a de sens qu’au travers de celle qu’il est capable d’accorder aux autres. Que son temps n’a de valeur que celle qu’il voudra bien lui donner. Un célèbre maître de la Hassidout, Rabbi Sim’ha Bounem de Pshiskha avait pour habitude de dire : tout un chacun doit avoir en permanence 2 poches à son vêtement. Il piochera tantôt dans l’une, tantôt dans l’autre, en fonction de la situation et des besoins du moment. Dans la première il sera écrit : Le monde a été créé pour moi. Quant à la seconde, elle contiendra le message suivant : Je ne suis que poussière et cendre.

Et d’ajouter: le problème est que les gens ont la fâcheuse habitude de se tromper de poche.

Si l’homme doit être conscient du fait que personne ne peut se substituer à lui, que la place qui lui a été confiée dans ce monde est unique, il doit pour autant savoir que sans les autres rien n’est possible non plus. C’est donc un subtil équilibre dont il est ici question, les deux poches n’étant en réalité que les 2 faces d’un même et unique vêtement.

Bien plus qu’un simple anniversaire, Rosh Hashana, le nouvel an juif, est une célébration de la création du monde. Et un moment de vérité. Sommes-nous toujours à la hauteur de la mission qui nous a été confiée ? Mais surtout : acceptons-nous de prendre nos responsabilités ?

En ce jour, ce n’est pas uniquement le peuple juif qui est jugé, nous dit notre tradition, mais l’humanité toute entière.

Un jugement tenant forcément compte du passé, mais aussi, et c’est là, vous en conviendrez, toute sa singularité, du présent et du futur. Suis-je vraiment prêt à changer, à évoluer, à appréhender un futur différent ?

Assurément, la communauté juive a connu une année mouvementée. Attaquée jusque dans ses cimetières, elle ne s’est pourtant jamais sentie seule. Car en Alsace, et sans doute plus encore qu’ailleurs, la communauté sait qu’elle a des amis.

Merci Mr le préfet, de protéger nos lieux de cultes et de lutter sans relâche contre ce poison qu’est l’antisémitisme.

Merci Mr le maire, cher Roland, pour ces nombreux échanges, qui témoignent de toute l’affection que vous nous portez et de votre souci d’inscrire dans votre ville toujours plus de lien et de cohésion. Votre gestion des attentats de décembre dernier, par le maintien du calme et de l’unité, a été pour nous tous un exemple.

Merci chère Catherine pour les efforts investis par Le conseil régional afin de rendre le dialogue interreligieux toujours plus vivant et fécond.

Merci Mr le président du conseil départemental, mon cher Frédéric, pour tes initiatives courageuses et pétillantes dans la lutte contre les extrémismes et ton amitié fidèle et inconditionnelle.

Merci à vous, responsables des cultes, pour votre investissement exceptionnel en faveur d’une cité où l’on se respecte, où l’on s’écoute et où l’on s’apprécie. Je m’autorise à croire, sans fausse modestie, que la qualité de nos relations, comme celles qu’entretenaient nos prédécesseurs, y est pour beaucoup.

Mr le secrétaire général, comment vous remercier pour la force et l’abnégation avec lesquels vous vous êtes battus fermement, ces dernières années, afin de permettre à la communauté juive de préserver sa liberté religieuse au sein de l’union européenne. Sans votre aide, sans votre soutien, sans votre combat, la situation serait aujourd’hui bien plus critique qu’elle ne l’est malheureusement déjà. La noblesse et le courage de vos prises de position vous honorent et à ce titre, nous vous sommes profondément reconnaissants.

Le chemin est pourtant encore long, très long. Comment accepter qu’en 2019, les droits les plus élémentaires soient remis en question. La fin de l’abattage rituel en Europe, tout comme celui de la circoncision, reviendraient à signer un arrêté d’expulsion pour les juifs d’Europe.

Non, nous n’accepterons pas d’être sacrifiés sur l’autel d’une laïcité dévoyée et toujours plus offensive, ni sur celui d’une pseudo bien pensance. La communauté juive a toujours fait preuve d’une loyauté sans faille et d’un engagement inconditionnel dans le respect des lois de la république. Elle ne mérite pas d’endosser le rôle de victime collatérale, ni celui de bouc émissaire. La défiance n’apporte rien de bon. Elle ne fait qu’affaiblir une société et la rend plus fragile. Elle l’isole et la condamne.

Non, le shoffar que vous avez entendu au début de cette cérémonie n’est pas un instrument de musique préhistorique. C’est un stimulateur de consciences. Si à l’instar des 3 sons hachés, nos vies sont parfois décousues et indécises ; si les sons saccadés semblables à des pleurs nous rappellent l’urgence de la situation, le son discontinu par lequel s’est achevée la sonnerie est en revanche un symbole d’espoir. Il incarne à la fois la rigueur, la constance et la sérénité. Il n’est jamais trop tard pour peu que nous fassions preuve d’honnêteté intellectuelle et que nous prenions la peine de transformer nos engagements en actions concrètes.

Gageons donc que cette année 5780 qui s’ouvre devant nous soit, pour la communauté juive mais bien au-delà pour l’ensemble des strasbourgeois et des citoyens de ce monde, une année de paix, de respect, de dialogue, de tolérance, de projets.

Qu’elle amène avec elle la santé, l’abondance et qu’elle accorde à chacune et chacun d’entre vous ce dont il a réellement besoin !

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